Défendre son identité plurielle face à des propos racistes

La scène se passe un vendredi après-midi. Deux jeunes gens entrent dans un supermarché à Winchester, une ville historique située au sud-est de l’Angleterre. Ils parlaient très fort, étaient tatoués jusqu’aux dents, et avaient une façon d’être qui rendait un peu mal à l’aise.

Des jeunes comme ça, on en rencontre un peu partout dans les grandes villes Européennes. Ils sont blancs, noirs, musulmans, indiens, chrétiens, asiatiques, etc. A force de les voir on s’habitue un peu à ce décor démographique. De toute façon, j’avais d’autres chats à fouetter. Je cherchais une barre de chocolat pour compléter mon happy Friday feeling. Pour nous autres qui travaillons à temps plein, passant plus de temps avec nos collègues qu’avec nos familles, la célébration du vendredi est un vrai culte. Le vendredi c’est la fiesta.

Je m’étais enfin décidé d’acheter un Snickers, une barre de chocolat aux cacahuètes. Je me dirigeais vers la caisse pour payer, lorsque j’entendis de loin ces deux jeunes gens, blancs, dire très fort qu’ils détestaient un monsieur, noir. Ce dernier serait leur collègue ou peut être leur patron, je n’en savais rien, mais l’animosité que ces deux avaient à son égard était claire ! De loin on pouvait entendre l’un d’eux dire : « ce n’est pas parce qu’il a habité en Irlande qu’il peut se dire Irlandais ! Il est noir et ne peut jamais être Irlandais ». En ce moment-là, je commençais à me sentir vraiment mal à l’aise sur leurs propos racistes.

Je regardai autour de moi pour savoir quel public écoutait cette conversation comme moi. Je vis aucun noir ; il y avait quelques blancs, ainsi qu’un asiatique et un indien, qui étaient des employés du supermarché. Bizarrement, j’étais un peu rassurée de savoir qu’il y avait un indien et un asiatique. Mais qui sait s’ils interviendraient à une scène raciste contre un noir ? Je n’en sais rien, mais en ce moment-là, cette réassurance mentale me convenait.

Eventuellement les deux jeunes gens se dirigèrent vers la caisse et se mirent juste derrière moi. Je m’apprêtais un peu au pire, je réfléchissais sur comment réagir s’ils continuaient à tenir leurs propos racistes. Evidemment ils avaient continué leur conversation, l’un d’eux dit qu’il avait aussi vécu un peu en Irlande et qu’il avait un peu un accent Irlandais, mais ce n’est pas pour autant qu’il se dirait Irlandais. De là, leur conversation prit un ton diffèrent, ils parlaient maintenant des accents des différentes parties de la Grande Bretagne, comment certains étaient difficiles à imiter que d’autres.

Ces jeunes gens étaient agacés à l’idée qu’un noir se disait Irlandais. Mais quand un noir joue à l’équipe nationale de football Anglaise, ces derniers accepteront sûrement son identité Anglaise. L’attitude de ces jeunes est typique de certains Anglais/Britanniques ou Français « de souche » vis-à-vis de leurs compatriotes qui ont d’autres origines… Alors quand on se sent rejeté et qu’on décide de s’identifier à ses origines étrangères, là c’est aussi un problème. Ceci rend très difficile la question d’identité et de patriotisme pour les citoyens des pays Européens qui ont d’autres origines, notamment des origines Africaines, Arabes, Asiatiques et Indiennes.

Dehors, comme je marchais vers la bibliothèque, réfléchissant sur cet épisode, j’entendis encore les voix de ces jeunes gens. Ils étaient encore une fois derrière moi ; J’en avais profité pour bien les regarder. Ils étaient des ouvriers. Et cela expliquait beaucoup sur les propos racistes qu’ils avaient tenu plutôt dans le supermarché.

A mon expérience, la vague de haine contre les « étrangers » qui sillonne les pays occidentaux est généralement transportée par les classes sociales moins nantis. On les entend dire « les immigrés viennent voler nos boulots », « ils ne viennent ici que pour réclamer des avantages dans un système déjà saturé ». Très souvent, ces personnes sont sous-informées sur l’impact que l’économie et les politiques de leurs pays ont sur leurs situations socio-économiques.

Les récessions économiques, par exemple, réduisent un grand nombre d’emplois sur le marché et ceci diminue le pouvoir d’achat des populations (certains pays européens n’ont pas recouvert de la dernière récession mondiale de 2008/9). L’automation et les avancées technologiques réduisent aussi beaucoup d’emplois comme les machines remplacent les humains dans certaines lignes de travail. Les restrictions budgétaires des gouvernements, comme celles menées par le gouvernement de droite de l’Angleterre, coupent les aides sociales lorsque certains groupes de la société en ont le plus besoin. Quand on connait ces enjeux économiques, on comprend que le problème d’immigration est minuscule face à ces géants.

Quant à l’identité du monsieur noir qui était au centre des propos racistes de ces jeunes blancs, s’il se sent noir et Irlandais, c’est qu’il l’est ! Nous avons tous plus d’une identité. Je suis femme, mère, Africaine, noire, Congolaise, Londonienne, Kinoise et plus. Personne ne peut m’ôter ces références auxquelles je m’identifie. Pourquoi certaines personnes persistent à imposer une perception erronée de mono-identité sur d’autres, m’étonnera toujours. Le monde serait peut-être moins cruel et moins divisé si beaucoup plus des gens comprenait la notion d’identité plurielle.

propos racistes

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